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Pourquoi les radiologues sont-ils en grève en 2026 ?

06/05/2026

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Temps de lecture : 11 minutes

Lucien Prévost

Les déclencheurs de la mobilisation : un mécontentement qui s’accumule

Le mouvement de grève des radiologues en 2026 ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre la profession et les autorités sanitaires, notamment la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (Cnam). Depuis plusieurs années, les médecins libéraux du secteur imagerie subissent une pression financière constante, marquée par des baisses répétées de leurs tarifs conventionnés.

Le protocole imagerie 2025-2027, présenté par la Cnam, prévoit ainsi 300 millions d’euros d’économies sur le secteur, une somme considérable qui impacte directement les revenus des praticiens. Ce choix budgétaire est perçu comme une attaque frontale contre le modèle économique des cabinets libéraux, déjà fragilisés par l’inflation et l’augmentation des coûts liés au matériel, au personnel et à la conformité numérique.

Un autre point de crispation majeur réside dans l’article 24 du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) 2026. Celui-ci accorde un pouvoir accru au ministre de la Santé et au directeur de la Cnam pour réduire unilatéralement les remboursements des actes médicaux jugés trop coûteux.

Cette disposition remet profondément en cause le principe de négociation tarifaire entre les syndicats de médecins et l’assurance maladie, un pilier historique de la convention médicale. Pour les radiologues, cela signifie qu’ils pourraient voir leurs honoraires baissés sans consultation ni accord, ce qui remet en question toute autonomie dans leur exercice professionnel.

Cette mesure, perçue comme unilatérale et autoritaire, a été le détonateur de la mobilisation nationale.

Par ailleurs, le sous-financement chronique de la médecine de ville pèse lourdement sur les conditions d’exercice. L’Objectif National de Dépenses d’Assurance Maladie (ONDAM) fixé pour l’année 2026 est inférieur à l’inflation réelle, ce qui ne permet pas de couvrir l’augmentation des charges de fonctionnement des cabinets.

Entre l’obsolescence rapide des équipements d’imagerie, les obligations de conservation des données numériques et les contraintes réglementaires croissantes, les radiologues se sentent pris dans un étau financier. Ils dénoncent un manque de reconnaissance de leur rôle central dans le parcours de soins, notamment en matière de prévention et de diagnostic précoce.

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La grève en action : formes et dates clés

Manifestation de radiologues en colère devant un hôpital lors d’une journée de grève nationale

Le mouvement de grève s’est concrétisé par plusieurs actions fortes, soigneusement coordonnées par la Fédération Nationale des Médecins Radiologues (FNMR) et d’autres syndicats représentatifs. La première étape significative a été la grève du 1er octobre 2025, marquée par le retrait de la permanence des soins en établissements de santé (PDSES).

Cette décision, votée à l’unanimité par le conseil d’administration de la FNMR, visait à alerter l’opinion publique sur les risques encourus par les patients en dehors des heures ouvrées, notamment en cas d’urgence nécessitant un scanner ou une imagerie interventionnelle. En se retirant de la garde, les radiologues ont mis en lumière leur rôle essentiel dans la chaîne de prise en charge médicale.

Une mobilisation encore plus massive a eu lieu le 10 novembre 2025, date d’une journée nationale de grève ayant entraîné la fermeture de la majorité des cabinets libéraux. Selon la FNMR, environ 80 % des cabinets ont été fermés ce jour-là, un taux de participation exceptionnel qui a suscité une large couverture médiatique.

Cette action a été relayée par plusieurs médias nationaux, permettant aux radiologues de faire entendre leur message de manière publique : sans un rééquilibrage financier, la pérennité de la radiologie de proximité est menacée. Ce jour-là, des rassemblements ont eu lieu devant des centres hospitaliers et des cabinets en région parisienne, mais aussi dans de nombreuses villes de province.

Le mouvement s’est intensifié en janvier 2026, avec une mobilisation prolongée et des actions symboliques fortes. Le réseau IMASUD, présent dans le Var, a annoncé que ses radiologues participeraient à la grève nationale du 10 janvier. Par ailleurs, certains praticiens ont choisi de refuser le tiers-payant du 12 au 15 janvier, obligeant les patients à avancer les frais avant remboursement.

Cette mesure, bien que ponctuelle, a eu un effet de communication puissant, rappelant que le système de santé repose sur une collaboration entre professionnels, patients et caisses. L’appel unitaire de l’Union Française pour une Médecine Libre, Syndicat (UFMLS) a également renforcé la cohésion entre différentes spécialités, ouvrant la voie à une mobilisation interprofessionnelle inédite.

Les conséquences pour les patients et le système de santé

Si la grève est une forme de pression légitime, ses conséquences concrètes sur les patients sont inévitables. Le report massif des rendez-vous d’imagerie médicale a entraîné des retards de diagnostic dans plusieurs domaines, notamment le dépistage du cancer du sein ou du poumon.

Or, dans ces pathologies, chaque semaine de retard peut avoir un impact majeur sur les chances de guérison. Les patients atteints de maladies chroniques ou aiguës ont également vu leurs examens reportés, parfois sans information claire sur la nouvelle date de rendez-vous. Cette situation a alimenté l’inquiétude, voire l’anxiété, chez de nombreuses personnes déjà fragilisées par leur état de santé.

À plus long terme, le risque d’aggravation de la désertification médicale inquiète. Les radiologues exerçant en zones rurales ou semi-urbaines sont particulièrement exposés à la pression financière. Si le modèle économique de leurs cabinets devient non viable, certains pourraient être contraints de fermer ou de se regrouper en centre urbain, privant des territoires entiers d’un accès rapide à l’imagerie médicale.

Cela créerait un cercle vicieux : moins de praticiens, plus de charge de travail pour les restants, encore plus de fatigue et de désengagement. Le maillage territorial, déjà fragile dans certaines régions, pourrait se dégrader durablement.

La relation patient-praticien, habituellement fondée sur la confiance, est également affectée. Certains patients, mal informés, ont pu interpréter la grève comme un abandon de poste, alors qu’elle vise précisément à préserver la qualité des soins à long terme. Les radiologues insistent sur le fait que leur action n’est pas une rupture de service, mais un appel à la responsabilité collective.

Ils souhaitent que les citoyens comprennent que derrière chaque scanner ou mammographie, il y a un professionnel formé, un équipement coûteux, et un système qui doit être financé de manière juste et pérenne.

Quiz : connaissez-vous la grève des radiologues ?

Question 1 : Quel est le montant d’économies demandées par la Cnam dans le protocole imagerie 2025-2027 ?

La position des syndicats et des fédérations

Les syndicats jouent un rôle central dans la coordination de la mobilisation. La FNMR s’est imposée comme la principale porte-voix des radiologues libéraux, défendant un modèle économique viable et un investissement soutenu dans les équipements d’imagerie. Elle appelle à une reconnaissance du rôle clé des radiologues dans la prévention et le dépistage, un message renforcé par ses propres enquêtes montrant que 90 % des Français jugent la radiologie essentielle en matière de prévention.

Pour la FNMR, il ne s’agit pas de refuser toute mesure d’économie, mais de demander une concertation réelle et une prise en compte des coûts réels de l’exercice médical.

De son côté, l’UFMLS, représentée notamment par le Dr Henri Guerini, adopte une posture plus radicale. Dans un communiqué de décembre 2025, elle dénonce un « processus de destruction de la médecine libérale » et appelle à un bras de fer national. Selon elle, l’article 24 du PLFSS 2026 n’est pas une simple mesure technique, mais un déni de démocratie médicale.

L’UFMLS a également mis en avant la solidarité interprofessionnelle, appelant généralistes, chirurgiens et biologistes à rejoindre le mouvement. Cette unité syndicale, rare dans l’histoire récente de la médecine libérale, donne une légitimité accrue à la grève et renforce la pression sur le gouvernement.

Les fédérations régionales, comme IMASUD dans le Var, ont relayé ces positions à l’échelle locale, en adaptant les actions à leur contexte territorial. Elles insistent sur la nécessité de préserver un maillage de proximité, essentiel pour garantir un accès équitable aux soins. Leur mobilisation montre que la crise ne touche pas uniquement les grandes villes, mais aussi les zones où les services de santé sont déjà fragilisés.

Le projet DRIMBOX et la pression numérique

Parallèlement aux enjeux financiers, les radiologues sont confrontés à une pression croissante en matière de dématérialisation. Le projet DRIMBOX, censé faciliter l’accès aux images médicales via le Dossier Médical Partagé (DMP), est devenu un point de blocage majeur. Bien que présenté comme un outil d’amélioration de la coordination des soins, il impose aux cabinets un coût d’archivage numérique non compensé.

En effet, les images ne sont pas stockées dans le DMP lui-même, mais restent la propriété du cabinet, qui en supporte la conservation. Or, avec la multiplication des examens et la hausse de la résolution des images, le volume de données explose, entraînant des coûts de stockage sans cesse croissants.

Les articles 30 et 31 du PLFSS 2026 aggravent la situation en rendant obligatoire l’alimentation du DMP sous peine de sanctions. Pour les radiologues, cela revient à leur imposer une charge supplémentaire sans financement adéquat. Certains ont donc décidé de refuser collectivement d’alimenter le DMP, une mesure de pression symbolique mais forte.

Le Dr Guerini a d’ailleurs souligné que, sous couvert de modernisation, les médecins risquent de devoir offrir le DMP aux patients à leurs frais, un scénario inacceptable pour une profession déjà sous pression.

Que signifie cette grève pour l’avenir de la radiologie ?

Un radiologue en blouse blanche analysant des images de scanner sur un écran médicalisé

La grève des radiologues en 2026 interroge profondément l’avenir de la médecine libérale en France. Elle met en lumière un paradoxe : une profession unanimement jugée essentielle par la population, mais dont le modèle économique est en voie d’asphyxie. Le métier de radiologue, qui exige une formation longue et une veille technique constante, se retrouve sous-valorisé dans les arbitrages budgétaires.

La technicité croissante des examens, IRM, scanner, imagerie interventionnelle, contraste avec une reconnaissance insuffisante de la part des pouvoirs publics.

À terme, les professionnels appellent à une réforme profonde de la convention médicale, qui devrait mieux valoriser les actes de pertinence, de lecture spécialisée et d’interprétation complexe. Plutôt que de réduire les tarifs, il s’agirait de rémunérer davantage la qualité et l’expertise.

Cette évolution permettrait de préserver l’indépendance de la médecine libérale tout en garantissant un accès équitable aux soins. Une concertation réelle entre syndicats, Cnam et ministère de la Santé s’impose pour éviter une dégradation irréversible du système.

Enfin, cette mobilisation interpelle les patients et les citoyens. Elle rappelle que derrière chaque examen, il y a un professionnel, un cabinet, un coût. La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût.

Et si ce coût n’est pas correctement pris en charge, ce sont l’ensemble du système de soins et l’égalité d’accès qui sont menacés. La grève des radiologues n’est donc pas seulement une lutte salariale : c’est une alerte lancée pour préserver la qualité des soins de demain.

Bon à savoir

Le Dossier Médical Partagé (DMP) est un outil numérique qui permet aux patients de centraliser leurs documents de santé. Son alimentation par les radiologues est encadrée par la loi, mais les coûts d’archivage restent à la charge des cabinets, ce qui pose un problème de financement durable.

Questions fréquentes

Pourquoi les radiologues font-ils grève ?
Les radiologues protestent contre les baisses de revenus imposées par le protocole imagerie 2025-2027, ainsi que contre l’article 24 du PLFSS 2026 qui permet une baisse unilatérale des remboursements. Ils dénoncent également le sous-financement chronique de la médecine de ville et les coûts non compensés liés à la dématérialisation des données médicales.

Les urgences sont-elles concernées par la grève ?
Oui, certaines actions, comme le retrait de la permanence des soins en établissements, peuvent impacter les examens réalisés en dehors des heures ouvrées. Toutefois, les praticiens insistent sur le fait qu’ils restent mobilisés pour les situations critiques.

Quand aura lieu la prochaine mobilisation ?
En 2026, les actions se poursuivent sous forme de pression continue. Des dates clés ont été annoncées, notamment en janvier, et d’autres mobilisations pourraient être déclenchées selon l’évolution des négociations avec la Cnam.

Comment savoir si mon rendez-vous est annulé ?
Il est recommandé de contacter directement le cabinet ou le centre d’imagerie où votre examen est prévu. Certains établissements publient également des informations sur leurs sites internet ou réseaux sociaux en cas de grève.

Le DMP va-t-il disparaître ?
Non, le Dossier Médical Partagé n’est pas menacé dans son existence. Cependant, les radiologues demandent une refonte de son financement et de son mode d’utilisation, notamment en ce qui concerne l’archivage des images médicales.

Quel est le rôle de la FNMR ?
La Fédération Nationale des Médecins Radiologues (FNMR) est la principale organisation représentative des radiologues libéraux. Elle défend leurs intérêts professionnels, négocie avec la Cnam et coordonne les actions de mobilisation, comme la grève du 10 novembre 2025.

Qu’a dit le Dr Henri Guerini sur la grève ?
Le Dr Henri Guerini, vice-président de l’UFMLS, a qualifié le PLFSS 2026 de « processus de destruction de la médecine libérale ». Il a appelé à un bras de fer national, affirmant que ce mouvement pourrait être la dernière chance de sauver l’exercice médical indépendant.

Qu’est-ce que le projet DRIMBOX ?
DRIMBOX est un dispositif technique censé permettre le partage des images médicales via le Dossier Médical Partagé. Cependant, il impose aux cabinets de stocker eux-mêmes les données sans compensation financière suffisante, ce qui en fait un sujet de tension majeur.

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